Dossier de presse

 
 

Performance entre Artistes

12 décembre 2012


Aux couleurs :   Bénédicte Gerin

                          Henri Marchavavariani

                          Mohamed Belhachemi dit Mo

Au saxophone : Patrick Bourgoin

A l’image :         Natacha Cambessédès

A la plume :      Christiane Quénard



Atelier d’Henri Matachavavariani, quai de la Loire, près du canal de l’Ourcq, Paris.

Froid polaire. Lumière grise mais énergie rouge, rouge.

Patrick improvise sur son saxophone d’or. Notes chaudes, rondes et veloutées.

Mo le taxi, casquette vissée sur la tête, étale de la peinture noire sur un papier à dessin, avec une raclette à nettoyer les vitres.

Henri M., enroulé dans un grand tablier blanc, debout devant sa planche à dessin, tête baissée , sourcils froncés, jambes tendues. Comme pour se préparer à un combat.

Bénédicte,  en blouse de peintre, concentrée sur une calligraphie qu’elle enroule sur un fond de soleil doré.

Gros pinceaux, brosses plates, mines de plomb, pots de peinture et bombes de couleur, bouquets de pinceaux dans des pots en grès, bols d’eau, rames de papier --- les matières premières de toujours avec lesquelles l’homme essaie de transformer ses rêves et ses visions en images.

Le saxophone est passé au grave. Il réfléchit, médite, se repose.

Natacha prend des photos, perchée sur un escabeau, ou sur l’escalier en colimaçon qui grimpe vers le plafond de l’atelier. Ses cheveux sont des serpents rouges qui coulent dans son dos.

Chacun dans son rêve et, en même temps, tous ensemble dans la même bulle de rêves.

Depuis que la photo et le film existent, des documents permettent d’entrevoir ce processus magique, ce fil , cette rivière invisible qui transportent une pensée ou une émotion vers une toile blanche, le long d’un bras, d’une main et d’un pinceau. Ou les notes  comment  les notes, chantées dans la tête d’un musicien ,descendent le long d’un souffle, s’enroulent dans le corps d’un saxophone, et deviennent une musique. Fascination pour ces films en noir et blanc qui montrent Picasso ou Dali tracer une courbe parfaite.

Pour les aborigènes australiens, la vie est née du chant. Les ancêtres qui dormaient sous la terre ont décidé un jour de se réveiller pour créer le monde. Ils se sont levés et se sont mis à marcher. A chaque pas, ils chantaient. Et de leur chant sortaient les plantes, les animaux, les rivières, le souffle du vent, la course du soleil, les montagnes . C’est le chant qui a créé le monde. Et la peinture qui  a créé un pont entre le monde rêvé et le monde réel.


Pause chouquettes. Hum !!!!


Saxo mâle-femelle. Deux mélodies s’entrecroisent : grave pour accompagner le pinceau d’Henri, haute pour inspirer la main de Bénédicte.

Henri trace un nu aux seins ronds, entouré de fleurs de rouges et rondes comme les seins. Le plaisir commence à adoucir son visage.


Déjeuner au Drako. : champignons-crème-œufs pochés- travers de porc- pommes de terre écrasées- roquette- beaujolais- café- chaises hautes- table noire- chaleur.


Retour dans la bulle de l’atelier.


Henri danse le blues avec son pinceau. Il le secoue au rythme de la musique pour lâcher des petites gouttes- touches finales sur le papier .  Comme un chef qui poserait quelques grains de poivre et  des lamelles de truffe sur une assiette de homard présentée comme un tableau. Avec son tablier blanc enroulé autour du corps, est il un chef-peintre, ou un peintre-cuisinier ? Résultat : deux fleurs noires au cœur d’or qui s’épanouissent et repoussent les limites de la feuille blanche.

Bénédicte est passée au rouge, tandis que la musique devient veloutée. Tout s’arrondit : le son, les fleurs de peinture d’Henri, le geste du bras de Bénédicte, le dos de Natacha penchée sur son appareil photo, le chat qui dort sous la couverture, la nuque de Mo qui a troqué sa raclette pour un rouleau caressant.

Hard. Entre deux notes rauques et un peu sales, percussions et vibrations de basse. Les couleurs passent au noir en au violet sombre côté Bénédicte, pendant que les nus d’Henri basculent dans des volutes ébouriffées. Ca bouge. Patrick tourne autour des tables à dessin. Henri déchire, cherche du papier, danse sur ses jambes. Ca monte, ça monte… Mo est passé au bleu et au rouge sur blanc,  bleuet et fleur de sang. Echo décalé d’une marseillaise évoquée en trois notes .

Et Bénédicte traverse l’espace jusqu’à Henri. Ils se rejoignent , côte à côte devant une feuille partagée. Format haut et allongé comme une lame de sabre. Danse de guerre de la brosse douce et du pinceau fouet. Vite, vite !  Coupures, zébrures, caresses noires , gouttes de sang . Comme les peintures qui ornent le corps des guerriers nus.

Premier sourire d’Henri. Il est sur la piste, comme le chasseur qui a enfin trouvé la trace d’un trophée. Le sang coule sur le papier. Le papier boit le sang de la peinture. Les courbes tracées par Henri et Bénédicte dansent tour à tour puis  s’entrelacent dans un même geste. Et fouettent le papier comme un flamenco noir autour du feu.

« Quand tu me prends dans tes bras, je voir la vie en rose… » chante le saxophone. Un peu de tendresse sur fond de rythme en rut. Henri secoue son pinceau comme il secouerait sa semence et éclabousse la feuille de gouttes rouge pâle comme le sang des jeunes filles. . Mo est revenu au noir : noir foncé sur noir clair sur gris-noir sur gris-gris sans gri-gri. Et Natacha est à cheval sur son escabeau de métal, bottée et harnachée d’objectifs, sac photo, pieds, comme les samouraïs des tableaux d’Henri. La couverture d’un Science et Vie tombé à terre titre  «  trous noirs errants, une vraie menace pour la fin du monde ? » avec une photo d’astéroïde rouge tourbillonnante sur un fond de ciel noir. Comme les noirs et les rouges des soleils en formation sous les pinceaux. Dans 9 jours, le 21 décembre 2012, c’est la fin du monde annoncée par les Mayas, à moins que ce soit le début d’un monde nouveau ?

La nuit tombe. Les lampes s’allument. Le chat va bientôt descendre. Le saxo se détend sur le rythme balancé de la Panthère Rose. Les formats d’Henri se couchent à l’horizontale. . Bénédicte trace lentement des duvets de peinture roses –violets, bordés de dentelle noire, comme les draps de satin dans lesquels on s’aime avant de s’endormir. J’aimerais sentir la caresse d’un pinceau dans mon cou.


Fondu au noir.


A SUIVRE.




 

« Jazz Painting »

Une journée à l’atelier...                              

texte de Christiane Quénard